Douleurs pendant les rapports : pourquoi ne faut-il pas les banaliser ?

« C’est seulement au début. » « Après, ça passe. » « J’ai toujours eu un peu mal. » « Ce n’est pas à chaque fois. »

Lorsqu’une douleur apparaît pendant les rapports sexuels, il est parfois tentant de la relativiser, surtout lorsqu’elle est ancienne, intermittente ou suffisamment supportable pour poursuivre le rapport.

Certaines idées peuvent également contribuer à cette banalisation : la pénétration ferait forcément un peu mal, certaines pratiques seraient naturellement douloureuses, il faudrait réussir à se détendre ou simplement « s’habituer ».

Pourtant, une douleur pendant un rapport est une information donnée par le corps. Lorsqu’elle revient, persiste, s’intensifie ou modifie la sexualité, elle mérite d’être prise au sérieux et d’en rechercher la cause.

Et cela ne concerne pas uniquement les femmes : les hommes aussi peuvent ressentir des douleurs pendant ou après les rapports sexuels.

Avoir mal pendant un rapport : de quelles douleurs parle-t-on ?

Les douleurs associées à la sexualité peuvent prendre des formes très différentes. Elles peuvent apparaître avant, pendant ou après une activité sexuelle, être superficielles ou plus profondes, occasionnelles ou récurrentes.

Chez les femmes, la douleur peut notamment être ressentie au niveau de la vulve, à l’entrée ou à l’intérieur du vagin, dans le bassin ou le bas-ventre. Elle peut survenir au contact, lors de la pénétration, pendant certains mouvements ou persister après le rapport.

Chez les hommes, les douleurs peuvent notamment concerner le pénis, le gland, les testicules, le périnée ou la région pelvienne. Elles peuvent apparaître pendant l’érection, la pénétration ou l’éjaculation, ou encore persister après l’activité sexuelle.

Le terme dyspareunie désigne une douleur génitale ou pelvienne associée aux rapports sexuels. Mais derrière ce terme se trouvent des expériences et surtout des causes possibles très différentes.

C’est pourquoi la question n’est pas seulement : « Est-ce que cette douleur est fréquente ? », mais plutôt : « Pourquoi est-ce que j’ai mal ? »

Une douleur fréquente n’est pas pour autant une douleur à considérer comme normale

Certaines douleurs sexuelles sont fréquentes dans la population. Cela ne signifie pas qu’elles doivent être banalisées.

Une douleur peut progressivement s’installer dans le quotidien sexuel au point de devenir presque une habitude : on change de position, on évite certains gestes, on attend qu’elle passe, on écourte la pénétration ou on continue malgré l’inconfort.

On peut aussi finir par organiser sa sexualité autour d’elle sans véritablement s’en rendre compte.

S’adapter à une douleur ne signifie pas que sa cause a disparu.

Le fait qu’elle soit supportable, ancienne ou intermittente ne suffit pas non plus à déterminer si elle nécessite ou non une exploration.

🎨 Le clin d’œil culturel : It’s Normal, Janna Phillips

Le titre de l’œuvre pourrait presque être une phrase entendue à propos de certaines douleurs : It’s Normal soit « C’est normal ».

L’artiste américaine Janna Phillips a créé cette œuvre à partir de sa propre expérience de l’endométriose. Elle y évoque notamment les échelles utilisées pour mesurer la douleur, mais aussi la difficulté à faire comprendre une souffrance qui ne se voit pas nécessairement et la manière dont sa douleur a pu être minimisée.

Le titre devient alors particulièrement évocateur : à force d’entendre ou de penser qu’une douleur est « normale », on peut finir par ne plus l’interroger.

Cette réflexion dépasse bien sûr l’endométriose. Dans la sexualité aussi, une douleur peut être ancienne, invisible pour l’autre, difficile à décrire ou devenue habituelle. Elle n’en est pas moins réelle.

Ce n’est pas parce que l’on a appris à vivre avec une douleur qu’il faut renoncer à chercher pourquoi elle est là.

Pourquoi peut-on avoir mal pendant les rapports ?

Il n’existe pas une cause unique aux douleurs sexuelles.

Chez les femmes, elles peuvent notamment être associées à des problématiques gynécologiques ou pelviennes, à une endométriose, une infection, une affection dermatologique, une sécheresse ou une modification des tissus et de la lubrification, notamment lors de certaines périodes hormonales. Des douleurs vulvaires ou un fonctionnement particulier des muscles du plancher pelvien peuvent également intervenir.

Chez les hommes, certaines douleurs peuvent notamment être liées à une infection ou une inflammation, à des problématiques dermatologiques, au frein ou au prépuce, à une courbure douloureuse du pénis, ou encore à des problématiques prostatiques, testiculaires ou pelvi-périnéales.

Chez tout le monde, des tensions musculaires, certaines douleurs neurologiques, une chirurgie, un traumatisme ou différentes pathologies peuvent également intervenir.

Et plusieurs facteurs peuvent se combiner.

Il est donc important de ne pas conclure trop rapidement qu’une douleur sexuelle est « dans la tête ». Une évaluation médicale peut être nécessaire pour en rechercher l’origine.

Quand la peur d’avoir mal commence à modifier la sexualité

Une douleur n’a pas seulement des conséquences au moment où elle apparaît.

Lorsqu’elle s’est répétée, le corps peut commencer à anticiper ce qui s’est déjà produit. Avant même le rapport, une question peut apparaître : « Est-ce que je vais encore avoir mal ? »

Cette appréhension peut modifier la manière d’aborder l’intimité. On peut surveiller davantage ses sensations, redouter certaines positions, éviter la pénétration ou se crisper à l’approche d’un geste associé à une expérience douloureuse.

Un cercle vicieux peut alors se mettre en place :

douleur, appréhension, anticipation et tensions, expérience plus difficile et donc appréhension renforcée.

Cela ne signifie pas que la douleur serait devenue « psychologique ». Cela signifie qu’une expérience corporelle répétée peut aussi avoir des conséquences émotionnelles, musculaires, sexuelles et relationnelles.

C’est précisément pour cela qu’une prise en charge peut parfois nécessiter plusieurs approches complémentaires.

Continuer malgré la douleur peut entretenir le problème

Lorsqu’un rapport commence à faire mal, il arrive que l’on poursuive malgré tout : parce que l’on espère que la douleur va passer, parce que l’on ne veut pas interrompre le moment, parce que l’autre semble prendre du plaisir ou simplement parce que l’on a intégré qu’un certain inconfort faisait partie de la sexualité.

Pourtant, la pénétration n’a pas à être poursuivie coûte que coûte.

S’arrêter, changer de pratique, de position ou de rythme, revenir à quelque chose d’agréable ou décider de ne pas poursuivre n’est pas un échec du rapport sexuel.

Et dire « j’ai mal » constitue déjà une information suffisante pour modifier ou interrompre ce qui est en train de se passer.

La personne qui partage ce moment n’a pas besoin de ressentir elle-même la douleur pour la prendre au sérieux.

Douleur ne signifie pas nécessairement absence de désir

C’est une confusion qui peut être particulièrement difficile dans le couple.

On peut avoir envie de proximité, désirer sa ou son partenaire, ressentir de l’excitation et pourtant avoir mal.

À l’inverse, après plusieurs expériences douloureuses, l’envie peut progressivement diminuer parce que la sexualité commence à être associée à l’appréhension plutôt qu’au plaisir.

La douleur peut alors avoir des conséquences sur le désir, mais aussi sur la spontanéité, l’image du corps, la confiance sexuelle ou la relation.

La ou le partenaire peut également se sentir démuni, avoir peur de provoquer la douleur ou interpréter l’évitement comme un rejet.

Pouvoir distinguer désir, douleur et consentement permet souvent de mieux comprendre ce qui est réellement en train de se jouer.

Quand faut-il consulter ?

Une douleur brutale ou intense, une douleur persistante ou récurrente, des saignements inhabituels, de la fièvre, des symptômes urinaires ou génitaux associés, une modification récente inexpliquée ou toute douleur qui inquiète justifient de demander un avis médical.

Mais il n’est pas nécessaire d’attendre que la douleur devienne insupportable pour en parler.

Si elle vous conduit à éviter certaines pratiques, à appréhender les rapports, à modifier régulièrement votre sexualité ou à continuer malgré vous, elle a déjà un impact qui mérite d’être pris en compte.

Selon la localisation et le contexte, le premier interlocuteur peut être un médecin généraliste, gynécologue, urologue ou autre professionnel de santé. Une prise en charge en kinésithérapie spécialisée, notamment pelvi-périnéale, peut également être indiquée dans certaines situations.

L’objectif est de comprendre ce qui provoque la douleur plutôt que de simplement apprendre à la supporter.

Quelle place pour la sexothérapie ?

Même lorsqu’une cause physique est identifiée et prise en charge, la douleur peut avoir progressivement modifié la sexualité.

C’est là que la sexothérapie peut intervenir en complément du suivi médical ou paramédical : travailler sur l’appréhension de la douleur, la place prise par la pénétration, le rapport au corps, le désir, les expériences sexuelles devenues anxiogènes, la communication avec la ou le partenaire ou encore la reprise progressive d’une sexualité centrée sur des sensations agréables.

La consultation peut également permettre de remettre en question certaines croyances : un rapport sexuel ne se résume pas à une pénétration, il n’a pas à être poursuivi lorsqu’il devient douloureux et le plaisir de l’autre ne nécessite pas de mettre sa propre douleur de côté.

Selon la situation, le travail peut être individuel ou concerner également le couple.

Et en sexothérapie en ligne ?

Les conséquences sexuelles et relationnelles de la douleur peuvent également être abordées en consultation de sexothérapie en visio.

La consultation ne remplace évidemment pas l’examen médical lorsqu’il est nécessaire. En revanche, l’appréhension, le désir, la relation au corps, les représentations de la sexualité, les expériences précédentes ou la communication dans le couple peuvent être travaillés à distance.

Pour certaines personnes, parler de douleurs intimes depuis leur propre environnement peut également être plus confortable. La visio permet de conserver le lien visuel et l’échange en direct tout en évitant un déplacement supplémentaire lorsque plusieurs consultations médicales ou paramédicales sont déjà nécessaires.

L’enjeu reste le même qu’au cabinet : comprendre comment la douleur affecte aujourd’hui la sexualité et construire un accompagnement adapté, en articulation avec les professionnels de santé lorsque cela est nécessaire.

La douleur n’a pas à devenir la norme

Lorsque l’on vit depuis longtemps avec une douleur, la frontière entre ce à quoi l’on s’est habitué et ce que l’on considère comme « normal » peut progressivement s’effacer.

Mais une douleur pendant les rapports n’est pas quelque chose qu’il faudrait simplement réussir à supporter.

C’est un symptôme à écouter.

Chercher à comprendre son origine, être entendu lorsqu’on en parle et bénéficier, lorsque cela est nécessaire, d’une prise en charge médicale, paramédicale et/ou sexothérapeutique permet de ne plus organiser sa sexualité autour de ce qu’il faudrait parvenir à endurer.

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