
Comment parler de sa sexualité quand on ne sait pas par où commencer ?
Parler de sexualité n’est pas toujours facile. Même lorsque l’on a pris la décision de consulter spécifiquement pour une difficulté sexuelle, mettre des mots sur ce que l’on vit face à une personne que l’on ne connaît pas peut être une tout autre étape.
Comment expliquer ce qui se passe dans son intimité ? Quels mots employer ? Jusqu’où faut-il raconter ? Que va penser la personne en face ?
Et parfois, derrière toutes ces questions, il y en a une autre : « Est-ce que ce que je vis est normal ? »
En consultation, j’entends régulièrement des phrases comme : « J’ai peur que vous me jugiez », « Vous allez me prendre pour un fou / une folle », « Je sais que c’est bizarre… » ou encore « Je n’ai jamais dit ça à personne. »
Ces inquiétudes disent quelque chose de la difficulté particulière à parler de notre sexualité : nous ne racontons pas seulement une expérience intime. Nous la confrontons aussi, consciemment ou non, à tout ce que nous avons appris de ce que la sexualité serait censée être.
Parler de sexualité, c’est parler de soi
Une difficulté sexuelle peut sembler très concrète : une baisse de désir, des difficultés d’érection, une éjaculation trop rapide ou retardée, des douleurs, une difficulté à atteindre l’orgasme, un décalage de désir dans le couple…
Mais lorsque l’on commence à en parler, d’autres dimensions peuvent apparaître : le rapport au corps et à l’image de soi, les expériences passées, l’éducation reçue, le couple, la peur de décevoir, le sentiment d’être désirable ou non, les pratiques, les fantasmes, la masturbation, les limites ou les envies.
Parler de sexualité peut donc nous rendre particulièrement vulnérables. D’autant que nous disposons rarement d’un vocabulaire neutre et familier pour parler de notre intimité. Certains mots semblent trop médicaux, d’autres trop crus. Il arrive alors de chercher ses mots, de rire par gêne, de tourner autour d’un sujet ou de commencer simplement par : « Je ne sais pas comment vous expliquer… »
Et c’est déjà une manière de commencer.
« Est-ce que je suis normal ou normale ? » : le poids des normes sexuelles
Notre sexualité ne se construit pas dans le vide. Elle est traversée par notre éducation, notre culture, nos expériences, mais aussi par les représentations véhiculées par les médias, la pornographie, les réseaux sociaux, nos partenaires ou simplement ce que nous imaginons de la sexualité des autres.
À quelle fréquence devrait-on avoir envie ou faire l’amour ? Combien de temps devrait durer un rapport ? Faut-il avoir un orgasme à chaque fois ? Est-il normal de se masturber beaucoup, peu ou pas du tout ? Que penser de certains fantasmes ? Est-ce normal de ne pas apprécier une pratique que l’on imagine pourtant très répandue ?
À force, une sorte de sexualité de référence peut se construire dans notre imaginaire. Et lorsque notre expérience ne lui ressemble pas, la différence peut rapidement devenir : « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »
Pourtant, la sexualité humaine est particulièrement diverse. Une préférence, un fantasme ou une différence par rapport à ce que l’on imagine être la norme ne constitue pas, en soi, une difficulté. Ce qui peut notamment être interrogé, c’est la souffrance éventuelle, le consentement et la liberté des personnes concernées, les conséquences pour soi ou pour autrui, et ce que cette situation représente pour la personne qui consulte.
🎵 Le clin d’œil culturel : Normal Person, Arcade Fire
Dans Normal Person, Arcade Fire interroge précisément cette notion de normalité et l’étrangeté qu’il peut y avoir à vouloir définir ce que serait une personne « normale » : « I’ve never really ever met a normal person ».
Win Butler a expliqué que la chanson faisait écho à son propre sentiment de ne pas entrer facilement dans les groupes auxquels il était supposé appartenir et, plus largement, à cette forte pression sociale qui nous pousse à entrer dans un moule. Une expérience qu’il considère finalement comme assez universelle.
La chanson pousse même l’idée jusqu’au paradoxe : et si cette fameuse personne « normale », à laquelle nous essayons de nous comparer, était finalement bien difficile à trouver ?
La question prend un relief particulier lorsqu’il s’agit de sexualité. Nous pouvons parfois mesurer nos désirs, nos corps, nos pratiques ou nos relations à une norme que nous avons construite à partir de ce que nous avons appris, vu ou imaginé des autres, sans toujours savoir si cette sexualité « normale » existe réellement.
La peur du jugement peut empêcher de parler de ce qui nous préoccupe le plus
Il arrive que la raison annoncée au moment de prendre rendez-vous ne soit pas exactement celle dont on souhaite réellement parler, ou qu’un sujet important n’apparaisse qu’après plusieurs séances.
On peut commencer par observer la réaction en face de soi, donner une partie de l’histoire, employer des termes vagues, minimiser ou faire une plaisanterie. Puis, progressivement, lorsque la confiance s’installe, oser aborder ce qui était plus difficile à dire.
Cela ne signifie pas que la consultation n’avance pas. La confiance fait elle-même partie du travail. Il n’y a pas d’obligation à tout raconter lors de la première rencontre, ni même à raconter certains éléments si l’on ne souhaite pas les aborder.
« Je peux tout entendre »
C’est une phrase que je peux dire en consultation. Non pas pour signifier qu’il faudrait tout me raconter, mais au contraire pour rappeler que vous restez libre de ce que vous souhaitez dire, de la manière dont vous souhaitez le dire et du moment où vous souhaitez le faire.
« Je peux tout entendre » signifie surtout qu’il n’est pas nécessaire de sélectionner ce qui serait suffisamment « normal », acceptable ou présentable pour pouvoir en parler.
Une consultation de sexothérapie doit pouvoir offrir un espace où une question peut être déposée sans craindre immédiatement un jugement moral. Cela n’empêche évidemment ni le cadre professionnel, ni les limites, ni les questions de consentement, de sécurité ou de santé lorsqu’elles sont nécessaires. Mais la première étape reste souvent de pouvoir comprendre ce qui se passe pour la personne qui consulte.
Il n’est pas nécessaire de tout raconter
Consulter pour sa sexualité peut également faire naître une inquiétude très concrète : « Qu’est-ce qu’on va me demander ? »
Une consultation de sexothérapie n’est pas un interrogatoire sur votre vie sexuelle. Il n’est pas nécessaire de raconter une expérience dans ses moindres détails pour pouvoir travailler sur ce qu’elle provoque ou représente pour vous.
Une question peut également vous mettre mal à l’aise. Il est possible de le dire, de demander pourquoi elle est posée ou de ne pas y répondre. Le cadre thérapeutique ne supprime pas l’intimité : il doit permettre de la respecter.
La confidentialité fait partie du cadre
Pouvoir parler librement suppose aussi de savoir ce qu’il advient de ce que l’on raconte.
La confidentialité constitue un cadre fondamental de mes consultations. Les échanges en séance sont confidentiels et aucune information n’est transmise à un tiers sans votre accord explicite, hors obligations légales. Mes notes de travail n’utilisent pas votre nom de famille et votre identité complète apparaît uniquement sur les documents administratifs obligatoires ou établis à votre demande.
Ce cadre est expliqué parce qu’il ne devrait pas simplement être présumé : savoir où l’on parle et dans quelles conditions peut contribuer à se sentir suffisamment en sécurité pour le faire.
Et en visio, est-ce parfois plus facile ?
Cela dépend des personnes. Pour certaines, venir physiquement dans un cabinet permet de créer une séparation avec le quotidien et offre un cadre contenant. Pour d’autres, la distance peut au contraire faciliter la parole.
Être dans un environnement familier, choisir l’endroit depuis lequel on souhaite consulter, ne pas avoir à se déplacer ou à entrer dans un lieu inconnu peut diminuer une partie de l’inconfort. L’écran introduit également une certaine distance physique tout en conservant le lien visuel, les expressions, la voix et l’échange en direct.
Pour certaines personnes anxieuses, très pudiques ou particulièrement sensibles à leur environnement, cette configuration peut rendre le premier pas plus accessible. Ce n’est ni mieux ni moins bien qu’une consultation au cabinet : c’est un cadre différent, qui peut convenir davantage à certaines personnes.
En visio, mes consultations se déroulent via un lien de connexion personnel et ne sont pas enregistrées. Il est également important de choisir un endroit suffisamment privé pour pouvoir s’exprimer librement sans craindre d’être entendu.
Une consultation de sexothérapie en visio reste une consultation
La distance ne modifie pas le cadre professionnel.
La sexothérapie repose sur l’échange, l’exploration de la difficulté rencontrée et la compréhension de ses différents facteurs. Lorsque cela est pertinent, des informations, des pistes de réflexion ou des exercices à réaliser en dehors des séances peuvent être proposés.
Certaines difficultés sexuelles nécessitent par ailleurs une évaluation médicale ou paramédicale. La sexothérapie ne se substitue pas à celle-ci et, lorsque la situation le nécessite, une orientation vers des médecins ou autres professionnels de santé peut faire partie de l’accompagnement.
Parler de sexualité ne signifie pas toujours parler de sexe
On peut venir pour une difficulté sexuelle et finalement parler de confiance en soi, de son rapport au corps, de son couple, d’une séparation, de la peur du rejet, de la difficulté à poser ses limites, de ce que l’on croit devoir être pour satisfaire l’autre, de vulnérabilité, de sécurité ou d’intimité.
Notre sexualité ne fonctionne pas indépendamment du reste de notre vie.
Parfois, la difficulté sexuelle est le problème que l’on souhaite résoudre. Parfois, elle constitue aussi une porte d’entrée vers quelque chose que l’on n’avait pas encore réussi à mettre en mots.
Et si je ne sais pas comment commencer ?
Il n’est pas nécessaire d’arriver en consultation en sachant précisément quoi dire. « Je ne sais pas comment en parler » peut être un début. « J’ai peur que vous trouviez ça bizarre » aussi.
Et si les mots sont difficiles à trouver, il est aussi possible de venir avec quelque chose qui vous a parlé ou dans lequel vous vous êtes reconnu : une chanson, un texte, une publication ou un extrait de film ou de série, par exemple. Cela peut permettre de montrer une situation, une émotion ou une dynamique que l’on n’arrive pas encore à expliquer soi-même.
La parole n’est donc pas la seule porte d’entrée : nous pouvons aussi nous appuyer sur différents supports pour comprendre ce que vous vivez et, progressivement, mettre des mots dessus.
Le rôle de la consultation est justement de permettre de poser progressivement des mots sur ce qui vous amène, à votre rythme.
Parler de sa sexualité demande parfois du temps. La confiance ne se décrète pas lors de la prise de rendez-vous : elle se construit dans la relation et dans le cadre qui lui est proposé.
Et parfois, pouvoir commencer par dire que l’on a du mal à parler est déjà une première manière de se faire entendre.
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